dimanche 21 mars 2010

Éphémère

Hier, j'ai vécu un truc qui m'a profondément étonnée.

J'ai croisé un homme que je connais, qui m'a demandé comme ça, tout bonnement, si mes enfants allaient bien.
"T'as pas deux enfants? Ah ben, c'est drôle!! J'sais pas pourquoi j'avais cette idée là!"

Étrangement, je ne me suis pas sentie mal. J'ai ri. Et je me suis un peu bêtement sentie flattée d'avoir une tronche de maman pour quelqu'un... Un autre jour, je me serais peut-être insurgée contre le fait que les gens passent leur temps à me poser des questions inappropriées qui me tournent le fer dans la plaie, mais là, hier, je ne sais pas pourquoi hier plutôt qu'un autre jour, je l'ai bien pris. Tout simplement.

"Bon, si j'ai dit ça, ça doit être parce qu'ils s'en viennent!"

Ce gars-là n'a aucune idée de ce que je vis, je veux dire, on se côtoie un peu et c'est tout. Du coup, il me parle avec le naturel de quelqu'un qui fait innocemment la conversation... Alors là aussi, j'ai ri, et j'ai souhaité qu'il ait raison. Ils s'en viennent peut-être, les enfants... Vraiment, hier, c'était une bonne journée!

Comme quoi rien n'est immuable, surtout pas nos façons de réagir et de voir les choses...

***

Bon, rassurez-vous, ça n'a pas duré tant que ça: aujourd'hui, jour 3, je me suis précipitée à la pharmacie pour acheter mon sérophène parce que je dois commencer à le prendre aujourd'hui. D'ailleurs je n'ai pas encore appelé chez Ovo pour prendre rendez-vous pour la première écho de ce mois-ci... j'avoue que je me sens un peu dépassée par les événements.

Enfin bref, je me pointe à la pharmacie, et pendant que je comptais mes sous pour payer au comptoir, sous le regard un brin trop empathique de la pharmacienne, j'entends une fille dans une allée qui demande à quelqu'un bien fort "Ça, on peut tu prendre ça quand on est enceinte?"

J'ai sans doute fait une face, et la pharmacienne qui attendait que je lui donne l'argent a dû voir ma face, et m'a fait un air qui semblait vouloir dire "Pauvre p'tite, tu fais pitié". Je suis sortie de là avec l'impression d'être un p'tit machin écrasé en dessous d'une botte.

Heureusement, ça non plus, ça ne dure pas. ;-)

jeudi 18 mars 2010

Normale, ou presque

Et voilà. Re. Comme dans recommencer. Comme dans refelemele.

C'est pas grave. Vous commencez sans doute à me voir venir à l'avance avec mes gros sabots, mais que voulez-vous, c'est comme ça, ou en tout cas, je suis comme ça.

Après une journée "borf", une journée poche, une journée de bouette...
On rebondit. Pas le choix. Et c'est tant mieux.

C'est donc officiellement un jour 1 aujourd'hui. Ce qui veut dire plein de choses. L'une d'entre-elles est évidemment une défaite, mais toutes les autres sont, au final, assez positives. Bien sûr, ça n'a pas marché. Mais.

Mais... Ça fait de moi une fille qui a eu un cycle presque normal de... 32 jours!! Ça faisait bien des lustres que je n'avais pas vu ça. Un vrai cycle. Une ovulation, et la conséquence qui suit exactement 14 jours pile après. Je crois rêver!

Ça fait aussi qu'on peut conclure tout de même que le sérophène, jusqu'à preuve du contraire, marche pour moi. On a trouvé la bonne dose, quoi... Et donc, aujourd'hui égale appel chez Ovo et achat à la pharmacie. Voilà, on recommence. Comme des gens normaux qui essaient tranquillement, un mois après l'autre, et non pas en ayant des semaines et des mois de retard à chaque fois. C'est déjà ça...

Bon, et soyons honnêtes, ça fait de moi une personne qui a une fenêtre de quelques jours pour faire toutes sortes de trucs qui me font envie. Boire du vin (faut que je vous dise: à Noël , pas de vin pour moi, parce que mauvais mélange avec le cocktail de pilules... et à ma fête, pas de vino non plus, parce que en attente de savoir si enceinte ou pas... Et le reste du temps, modération rime plutôt avec "goutte-à-goutte" et "prudence excessive" pour moi. Tut tut tut! Je vous entends penser "Ben là, t'es mieux de t'y faire la grande, parce que quand tu vas être enceinte, tu pourras pas boire non plus..." Ben justement. Là, j'suis pas enceinte, et j'ai 3 jours de répit médicamenteux à mon agenda. Et je compte bien savourer mon prix de consolation en mangeant ce soir :-)

Boire du vin, donc. Sauter partout, m'énerver, aller courir sans me soucier de faire attention, de me ménager. Changer des meubles de place, et forcer moi-même pour soulever les gros morceaux. Prendre un bain chaud chaud chaud, et longtemps longtemps longtemps, jusqu'à en être ratatinée jusqu'aux ovaires. Faire un grand ménage avec plein de produits qui sentent le propre un peu trop fort et un peu trop chimiquement, sans même m'inquiéter de quoi que ce soit. Vivre une vie normale, quoi :-)

mercredi 17 mars 2010

Bonne fête quand même...

Alors, trouvez-vous l'attente longue autant que moi?

Moi, jusqu'à aujourd'hui, j'ai trouvé ça interminable. Surtout la première semaine. Cette semaine, un peu moins. Après tout, le temps de l'attente, c'est le temps du rêve, c'est le moment durant lequel on s'imagine comment sera la vie si ça a marché, comment elle sera si ça ne marche pas... A quel mois de naissance ça nous mènerait, quel nom il ou elle aurait, combien on serait heureux que ça ait enfin fonctionné. Bon, je vous l'accorde, on s'imagine surtout le beau de la chose. Le p'tit test qui sera peut-être positif. Finalement, même si c'est long, je dois avouer que c'est plutôt plaisant.

Au moins, quand on attend, tout est encore possible.

Je n'ai toujours pas fait de test, demain serait mon 14e jour après la présumée ovulation... mais je suis trop convaincue que ça n'a pas marché. Alors voilà, sans même avoir un test négatif en main, je m'avance et je me permets de présumer d'un verdict: ça n'a pas marché. Pour toutes sortes de raisons valables ou pas... Je ne me sens pas enceinte, finalement je dois admettre que je n'ai aucun symptôme, aucune vraie raison de croire que ça a fonctionné, alors que des raisons, j'en ai tout plein pour penser que je n'ai rien d'autre que des tripes dans le bedon.

Cette nuit, je ne me suis pas réveillée pour aller faire pipi.
Depuis deux jours, je n'ai jamais faim.
Ce matin, j'ai eu une genre de mini perte rosée du genre "Ça y est la grande, tu vas être menstruée..."

J'attends donc les vilaines sanglantes d'un moment à l'autre... et puis bon, si je me trompe, ça fera une belle surprise, mais honnêtement, je ne crois pas me tromper. Je les sens venir, on dirait. Et puis j'ai tellement pas envie de me retrouver une fois de plus devant un test négatif... alors je préfère présumer et croire mes intuitions pour aujourd'hui.

C'est dommage. Hier, c'était ma fête. Ça aurait fait un beau cadeau...

***

Tout à l'heure j'ai fait part de mon verdict à l'homme de la maison. Je me suis assise sur le divan, j'ai pleuré un brin, et j'ai songé au fait que vraiment, c'est trop injuste de devoir travailler et faire semblant d'être peppée par une belle journée de sentiment d'échec et de découragement.

J'ai songé au fait qu'on est serrés financièrement, en ce moment, et que si d'ici 1 jour ou 2, bing bang! voilà les règles, faudra qu'on se revire de bord, comme on dit, et qu'on trouve le moyen de sortir encore un autre bon 500$ au moins du compte de banque d'ici les deux prochaines semaines.

J'ai songé au fait que si ça ne fonctionne pas pour les deux prochaines fois avec le même traitement, il faudra sans doute revoir notre médecin, et voir quelles sont les possibilités qui s'offrent à nous.

Je me suis dit que les traitements pourraient être couverts par l'assurance maladie dès la fin du printemps, et je me suis dit aussi que ça pourrait traîner en longueur, cette histoire... Faut pas, faut pas, faut pas!

Je me suis dit plein d'autres trucs aussi. Des trucs du genre "Ça ne marchera peut-être jamais."
Des trucs du genre "Ça marchera peut-être la prochaine fois."
Des trucs du genre "On va peut-être finir par aller en fiv."
Des trucs du genre "Retour à la case départ".

Et je me suis dit que vraiment, l'attente, à bien y penser, c'était plutôt bien.

***

Bon, allez, une petite anecdote pour terminer...

Hier, donc, c'était mon anniversaire, et je travaillais. Sans trop m'étendre sur les détails, parce que ce n'est pas le but de l'opération, je dirai simplement que je travaillais avec un groupe de personnes, hier soir. Après la soirée, une d'entre-elles est venue me voir pour me souhaiter bon anniversaire, et pour littéralement me chuchoter dans le creux de l'oreille "Je te souhaite un p'tit bébé!", comme si elle ne m'avait pas fait exactement le même souhait de la même façon pour Noël, le jour de l'an, et toutes les fêtes réunies des 2 dernières années...

Bon, là, je vais peut-être avoir l'air complètement sauvage et dénuée de toute empathie pour autrui, mais je suis rendue absolument allergique à ce genre de situation. Premièrement, quand je suis au travail, je n'ai pas envie de me faire rappeler LA chose qui ne marche pas dans ma vie. Avec mes amis proches, avec vous mes lecteurs et lectrices qui vivez aussi (ou pas...) l'infertilité, avec les membres de ma famille, ça va, parce que c'est normal qu'ils soient au courant, et parce qu'ils ont une façon appropriée de me transmettre leurs voeux. C'est normal... ils en savent plus sur la situation que simplement "elle veut un bébé". Ils savent les hauts et les bas. Ils connaissent les cycles, les incertitudes, l'envie et l'écoeurement. Et donc ils ont une façon délicate et discrète de me faire leurs souhaits. Une manière dans laquelle ce qui prévaut, c'est "je veux ton bonheur", plus que "je veux pour toi que tu aies un bébé".

Deuxièmement, je n'ai aucune idée de comment il faut réagir à ça. Qu'est-ce qu'on dit, quand quelqu'un vous dit tout bonnement :"Je te souhaite un p'tit bébé?", avec le même air que s'il vous disait "Amuse-toi bien, tu es une grande fille maintenant!" ?? Quelqu'un a une idée? On dit "merci" avec un grand sourire en songeant secrètement à toute la douleur que cela nous cause? On fait comme si l'infertilité n'avait pas fait de nous une personne différente, et on prend l'expression émerveillée d'une jeune femme sur le point de vivre une grande étape de sa vie? On rit en faisant semblant que c'est là un souhait tout à fait léger et anodin, du genre "je te souhaite de gagner le million" ?? On fait semblant que c'est original comme souhait? Qu'on ne s'y attendait pas? Et surtout, on fait comme si c'était approprié de se faire dire ça au milieu de tout le monde, dans le chahut du travail? On pourrait peut-être me faire faire un gâteau d'anniversaire en forme de foetus, tant qu'à y être...

Bon, ok, j'y vais peut-être un peu fort, et je vous avoue qu'en me relisant, j'ai tendance à me demander ce qui cloche avec moi... Je n'arrive pas réellement à décrire avec précision ce que ça me fait, tout ça. Vous comprenez, être infertile, ça feel un peu comme être affublé d'une tare bien particulière... Mon incapacité, ce n'est pas n'importe quelle incapacité. Non... mon incapacité, l'affaire que mon corps ne peut pas faire tout seul, c'est LA chose la plus naturelle du monde, celle que toutes les femmes font depuis que le monde est monde, celle qui fait d'elles des initiées, des membres d'un club à part, de vraies femmes qui ont accouché et qui peuvent maintenant invoquer le sacro-saint argument: "Tu peux pas comprendre, toi, t'as pas d'enfants".

Et oui, j'ai un peu honte. Même si ce n'est pas de ma faute. Même si à la limite, ça ne se voit pas. J'ai honte, et je suis mal à l'aise quand les gens essaient de m'encourager, parce que j'ai l'impression d'être une débile qu'on encourage à réussir une addition en se disant secrètement "Maudit, a va tu l'avoir, me semble que c'est pas compliqué...".

Ben non. "A" l'a pas encore eu.










mardi 9 mars 2010

Un peu débiiiile

Ah là là, c'que le temps peut être long quand on attend quelque chose... !

Jeudi dernier, c'était le jour J... Après avoir fait mardi soir (et ce comme de véritables pros!) l'injection d'Ovidrel pour déclencher l'ovulation, nous étions programmés pour les essais jeudi matin, et samedi matin aussi. On a suivi les consignes de l'infirmière à la lettre, on a bien fait ça et au bon moment, et là, on attend.

Difficile de ne pas être à l'affût de tous les petits signes insignifiants qui peuples mes journées.
"Tiens, je m'endors..."
"Ah ben, j'ai un peu mal au ventre..."
"Ben coudonc, j'ai donc ben faim!!"
"Me semble que les seules autres fois ou je me suis réveillée systématiquement à la même heure chaque nuit pour aller faire pipi, c'était lors de mes deux débuts de grossesse..."

Je me fais sûrement des tonnes d'idées. On a comme honte d'avoir une vague impression, un pressentiment flou que "ça a marché". Probablement juste parce qu'on sait que pour une fois, il y a au moins une petite chance pour que ça ait marché...

D'ici une semaine et des poussières, on devrait en avoir le coeur net.
J'espère juste ne pas trop me sentir cruche si jamais c'est négatif!

mardi 2 mars 2010

Montagnes russes

Je n'ai qu'une chose à déclarer: on ne peut décidément jamais vraiment à quoi s'attendre!

Ce matin, j'avais envie de mille choses plus que d'aller passer une échographie à 120$ à l'issue de laquelle je supposais d'avance que j'allais me faire dire le traditionnel "Bon ben, ... y'a rien, ça n'a pas marché." Disons qu'après le maigre progrès de mon "follicule prometteur" lors de la dernière échographie, je ne me sentais pas vraiment en droit de penser que ça allait s'améliorer...

On fait donc le trajet Ste-Adèle-Montréal, encore une fois ce matin, avec absolument aucun entrain. Ma foi, je n'arrivais qu'à penser à l'argent que ça allait me coûter, à comment je vais boucler mon budget ce mois-ci...Ah pis ça donnera rien. On r'vire-tu de bord?

Bon, on commence à connaître la routine: entre, paye, passe à la salle d'attente au bout du corridor, attends, fais des gageures pour voir comment ils vont prononcer mon nom cette fois-ci quand ce sera mon tour... Puis ça y est, c'est ton tour, entre dans la p'tite salle, enlève tes culottes, attends le doc...

Quand il est entré, j'ai à peine le temps de me dire "Tiens, je ne l'ai jamais vu celui-là" que j'avais déjà le machin entré dans la zone du confort... Vite vite, il a vérifié sur l'ovaire droit: rien du tout.

"Ça y est, il va me dire qu'il n'y a rien à gauche non plus..." ai-je eu le temps de penser.

Puis, à gauche...

Surprise! Un gros rond noir apparaît sur l'écran, et juste à l'oeil, comme ça, il m'apparaît plus gros que tous ceux que j'ai vus auparavant.

"Il doit être super hyper zoomé, c'est une illusion d'optique, il va me dire que je suis genre à 12,3 mm..."

"Ah, tiens, le voilà! C'est lui le follicule dominant. Bon ben... à 17,5mm, vous allez être prête jeudi, madame! Bonne chance!"

Ceci étant dit, il est sorti aussitôt , probablement faire la même chose avec une autre madame quelque part dans une autre p'tite salle...

Euh? Il vient tu de dire que je vais être "prête"?
Je vais....



Ovuler????? :-) :-) :-)



Je n'en crois toujours pas mes oreilles. Tout mon blues des derniers jours s'est envolé subitement pendant que l'infirmière m'expliquait comment me faire l'injection qui va déclencher l'ovulation. Bien sûr, rien, absolument rien n'est gagné... mais au moins...

On a ce pour quoi on a attendu jusqu'ici: une chance, une toute petite chance, une ovulation avec un ovule qui en principe devrait être en meilleure condition que mes foutus ovules "de mauvaise qualité". Bref, une petite chance avec un peu moins de risques de fausse couche si jamais ça marche. C'est déjà ça!




dimanche 28 février 2010

Borf....

Me voilà au jour 15 de mon cycle.

Au jour 11, j'ai eu une échographie qui m'a enfin permis de rêver un peu, et de croire que tout était possible... Alors qu'au dernier cycle j'étais à 50 mg de sérophène, même à la deuxième échographie du jour 16, il n'y avait rien de substantiel. Pas de follicule se démarquant, juste plein de petits follicules dont les plus gros mesuraient 9-10 mm. Bref, rien pour s'énerver de joie...

Cette fois-ci, oh surprise! à l'échographie du jour 11, déjà un follicule de 12 mm ressortait du lot. Youppies optimistes et yahoos heureux: au moins, le sérophène donne un peu quelque chose, que je me suis dit. Si ce n'est pas suffisant ce cycle-ci, au moins il y a un espoir que le cycle prochain, avec une dose plus forte, ça y soit, et que j'aie cette petite chance d'ovuler, enfin. Et toujours pas de symptômes négatifs dus au sérophène: pas de kyste, pas de problème pour ce qui est de l'épaisseur de l'endomètre. À ce qu'il paraît, certaines ne tolèrent pas bien ce truc et se retrouvent avec certes, de beaux gros follicules, mais une muqueuse de l'utérus amincie ne permettant pas qu'il y ait nidation...
Yé! Pas moi! Disons que j'ai eu une belle semaine.

Hier, c'était le jour 14. On avait rendez-vous pour la deuxième écho, question de voir si ce follicule de 12 mm était prometteur. J'espérais fort fort voir ce gros rond noir sur l'écran, avec un beau 18 mm magique inscrit à côté... et comme vous le devinez sûrement, ce n'est pas venu. Mon 12 mm prometteur est devenu un ridicule 12.2 mm, je n'ai donc gagné que .2 mm en 3 jours, alors que c'est sensé grossir de 2 mm par jour quand tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes...

"Vous allez l'avoir votre bébé, mais ça va être long. Va falloir être patiente."

Pour la première fois, un médecin semble réaliste avec moi, plutôt que bêtement optimiste sous prétexte que "au-moins-je-suis-déjà-tombée-enceinte". Tout à coup, alors qu'on croyait encore naïvement que ce serait presque facile, et qu'on était très près du but, je me retrouve pour la première fois depuis un long bout de temps avec cette foutue impression que ce sera ardu. Très ardu. Que ça pourrait même ne jamais fonctionner.

"Il va falloir que vous revoyez votre médecin traitant pour voir quelles sont les options qui s'offrent à vous, si jamais ça ne marche pas. L'efficacité de passer à la dose de 150 mg de sérophène est discutable, surtout quand le produit n'a rien donné avec des doses plus petites. Vous allez peut-être passer aux injections pour le prochain cycle..."

Dans ma tête, ça a fait: wow là!! De quoi? Pourquoi le médecin précédant m'a dit qu'on commençait le sérophène à 50 mg et qu'on ajoutait un comprimé supplémentaire pour augmenter la dose, passant donc à 100 mg, puis à 150 mg... et ainsi de suite jusqu'à un maximum de 5 fois la dose initiale? Pourquoi on m'a laissé entendre que je pouvais me rendre jusqu'à 5 fois la dose si au final, "ça ne donne rien de plus de passer à 3 fois la dose" ?

Les injections... c'est quoi? Comment ça marche? Ça coûte cher? Est-ce que je dois nécessairement aller en insémination ? (Ben tsé, si tu payes des tonnes de $$$ pour ovuler, autant payer un peu plus et t'assurer que tu mes toutes les chances de ton bord pour féconder ce rarissime ovule, non?)

Bon, il reste une chance pour que mon super 12.2 mm se mette tout à coup à grossir, mais ça ne semble pas être si fréquent que ça, à en juger par la face tristounette qu'a faite l'infirmière quand je lui ai posé la question. Je dois donc retourner pour une 3e écho mardi qui vient, je serai donc au jour 17 de mon cycle. On pourra alors savoir avec certitude si le sérophène 100 mg a finalement fonctionné pour moi, ou pas du tout, et là, je pourrai me faire une idée de ce qu'on fera ensuite.

Dans la salle d'attente, alors qu'on attendait pour voir l'infirmière, je remuais tout ça dans ma tête... Je pensais au fait qu'on se retrouverait peut-être en insémination, ou éventuellement en fécondation in vitro... Je pensais au fait qu'il me faudra sans doute faire ce deuil supplémentaire, celui de la fécondation par une relation sexuelle normale... Je pensais à mon compte de banque, qui vraiment, commence à être à sec, parce qu'avec 5 échographies à 120$ chacune depuis janvier, plus l'achat du sérophène et du metformin... ça monte vite. Pour la première fois j'ai été confrontée au fait que je ne pourrai pas tenir à ce rythme longtemps. Pour la première fois, je me suis sentie pauvre, pauvre, pauvre. Pour la première fois, j'ai songé que notre prétendue "possibilité de concevoir vu que j'ai eu deux débuts de grossesse" a joué contre nous: à cause de ça, les médecins y ont été avec des méthodes toutes douces, pas drastiques du tout, pensant que ça suffirait. Et voilà, ça ne suffit pas, et on aura perdu tout ce temps et cet argent à essayer, à tâtonner, à faire des choix à l'aveuglette, sans aucune possibilité de savoir quelle sera pour nous la solution.

Vraiment, quelle galère injuste!

Je me suis dit plein d'autres trucs, aussi...

Si on m'avait dit au tout début que pour moi, vouloir un enfant allait être aussi laborieux, j'aurais bien pensé à mon affaire avant de m'embarquer là-dedans. Est-ce que je veux un enfant tant que ça, à ce prix là? Je ne sais plus trop trop... je ne suis plus sûre de rien et je ne me suis jamais sentie aussi loin du but.

Dans la voiture en revenant à la maison, on a même parlé d'adoption... Et honnêtement, ça m'a complètement démontée. Pour le moment, j'aurais l'impression de baisser les bras. D'adopter par dépit. De me magasiner un prix de consolation.

C'est fou comme tout a changé rapidement. Il y a si peu de temps encore, j'avais l'impression qu'on tenait la solution entre nos mains, que ce n'était qu'une question de temps. Et voilà que je n'ai plus aucune idée de ce qui s'en vient, de ce qu'on va faire, de ce que je suis prête à faire. On va arrêter? On va continuer, comme ça, parce qu'on se sentirait trop poches d'abandonner? Juste sous prétexte qu'il faut prouver à dieu-sait-qui qu'on est de braves personnes? qu'on est persévérants?

J'ai retrouvé avec dégoût cette sensation étrange de ne plus savoir ce que veut dire "vouloir un bébé". Je n'ai bien sûr aucune idée de ce que ça représente, avoir un bébé. Bien sûr, je sais ce qu'il en est, je le sais intellectuellement, parce que tout le monde sait qu'un bébé nécessite tout plein d'attention et de soins... Mais je ne le sais qu'avec ma tête. Je n'ai aucune idée de moi-même en tant que mère, je n'ai aucune idée des changements qui s'opéreraient en moi, je n'ai aucune idée de comment ça "feel", tout ça, quand on le vit pour vrai. Et je suis là, à faire plein d'efforts, à espérer sans cesse puis à être déçue, à me bourrer de pilules et à payer cher de ma poche, tout ça dans le but de vivre cette expérience dont j'ignore totalement si elle sera à la hauteur de mes espérances.

Avouez que c'est un brin fucké, tout ça...

Voilà, c'était ça, mon borf... J'aurai besoin de temps pour me refaire, je suppose. Pour me recharger de cette énergie que l'espoir nécessite. Je ne suis pas prête tout de suite à déjà penser à telle autre ou telle autre solution, à me dire que vraiment les injections ou tel autre truc marchera peut-être. Pour le moment j'ai juste l'impression d'avoir déjà vu ça quelque part, cet engouement pour un truc qui finalement, ne fait que décevoir.

***

Pour la énième fois, j'ai décidé de perdre du poids. Je vais au moins avoir l'impression d'avoir un peu de contrôle sur quelque chose: mon corps. Ce que je mange.

C'est reconnu dans le milieu médical qu'une perte de poids chez une femme ayant les ovaires polykystiques peut grandement aider à retrouver une ovulation naturelle... J'avais toujours refusé de vraiment tenir compte de ce fait. Je n'ai pas tant de surplus de poids que ça, et j'ai toujours buté sur le fait que c'est trop injuste: après tout, il y a tout plein de filles beaucoup plus dodues que moi qui font des bébés facilement, je ne vois pas pourquoi je me ferais bêtement donner l'impression que je n'ovule pas parce que j'ai un surplus de poids tout ordinaire...

Mais bon, finalement, l'idée a fait son chemin. L'idée selon laquelle les autres l'ont peut-être facile, peuvent peut-être peser 100 livres de trop et demeurer fertile, mais pas moi. Mon petit 20 ou 30 livres à perdre me nuit sûrement un peu. Et tant qu'à ne plus savoir sur quoi focuser en ce moment... aussi bien focuser sur ce sain objectif: perdre du poids.

Ça a l'air tout simple dans un sens... se mettre au régime, faire attention, boire plus d'eau, faire plus de sport, être constante, allez-hop! Le tour sera joué, vite fait bien fait! Ça a l'air simple, mais je sais que ça ne le sera pas... l'expérience dernièrement me montre que j'ai bien des qualités, mais je ne suis pas capable de mener quoi que ce soit à terme, pas plus une simple résolution qu'une grossesse. Du coup, j'ai énormément à me prouver à moi-même, et ce foutu régime prends des allures de thérapie intense.

Est-ce que je vais finir par être capable de quoi que ce soit, coudonc??

Borf....